La signification de la soumission Envoyer
Écrit par Alireza Nurbakhsh   
Jeudi, 19 Août 2010 23:04

Le premier pas sur la voie du soufisme est de se soumettre à Dieu. La vraie soumission n’est pas une décision consciente qui serait le résultat d’une série de délibérations personnelles. La vraie soumission arrive souvent après des années de frustration dans la recherche de la ‘’bonne’’ façon de gérer nos vies, dans la quête de la bonne façon de se comporter avec les autres ou de contrôler nos comportements d’autodestruction. Finalement, certains chercheurs finissent par laisser tomber (leur quête personnelle) et se soumettent. N’ayant plus d’autre choix, ils sont conduits vers la soumission ; ils comprennent sans réserve que c’est la meilleure chose à faire.

 

Mais que signifie le fait de se soumettre à Dieu ? Bien que je croie que le fait de se soumettre n’est pas fondamentalement basé sur le raisonnement, que nous ne sous soumettons pas à Dieu parce qu’il y a des arguments convaincants pour le faire, nous pouvons quand même nous interroger sur la signification d’un tel acte. Nous pouvons nous poser des questions comme celles de savoir ce que signifie se soumettre à Dieu et comment une telle soumission peut-elle être atteinte.

 

Dans une perspective linguistique, la soumission a du sens uniquement dans le contexte du combat ou de la résistance à quelque chose.si nous n’étions pas en train de nous battre avec quelqu’un ou quelque chose, se soumettre n’a pas trop de sens. Dans un combat ordinaire lorsque nous réalisons qu’il ne sert plus à rien de nous battre, nous nous soumettons. Il en est de même dans le monde spirituel. Mais contre qui nous battons nous avant de réaliser que nous devons nous soumettre à Dieu ? Contre les autres personnes, pourrait-on répondre. Les autres gens sont habituellement au travers du chemin de la satisfaction de nos désirs et de nos manques. Nous passons d’innombrables heures que ce soit en pensée ou souvent à travers des mots ou même physiquement à nous battre avec les autres. Certaines personnes sont assez chanceuses pour réaliser que ce n’est que la partie visible de l’iceberg et que notre animosité envers les autres est simplement symptomatique de nos propres qualités négatives. Ils réalisent que le véritable ennemi est à l’intérieur et que pour vivre en harmonie avec les autres, nous devons d’abord conquérir ou dominer nos propres personnes. Cet ennemi en d’autres mots, correspond à ce que les soufis ont appelés le nafs ou l’égo. L’obstacle qui se trouve entre nous et une vie harmonieuse avec le reste de l’humanité n’est rien d’autre que notre propre personne.

Un exemple pour illustrer ce point est celui de l’avidité. Les gens avides ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils ont, ils veulent toujours quelque chose en plus. Cette qualité les fera inévitablement entrer en conflit avec les autres. Les gens avides qui sont chanceux se rendront finalement compte que la source du problème n’est pas du tout chez les autres gens mais dans leurs propres personnes. Ils réalisent que leur propre avidité est la source de tous leurs conflits avec les autres ; ainsi, ils essaieront de contrôler leur avidité au lieu de blâmer les autres.

Une fois que nous réalisons que notre véritable ennemi est notre propre égo, nous pourrions conclure que la solution est de contrôler l’égo ou même de le détruire. Nous pourrions commencer ainsi à combattre très sérieusement les désirs et souhaits de notre égo. Mais si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous réaliserons très vite que notre combat contre l’égo est une bataille perdue d’avance et que nous devons renoncer à gagner ce combat avec nos moyens personnels. Reprenons l’exemple des gens avides. On peut imaginer qu’une fois que les personnes avides prennent conscience de leur avidité, ils conçoivent divers plans pour éviter de se comporter d’une façon avide. Par exemple, chaque fois qu’ils ressentent de l’avidité, ils pourraient aller marcher ou essayer de méditer ou faire quelque chose d’autre pour détourner temporairement leur avidité. Mais malgré cela, ils se rendront compte que le sentiment d’avidité ne les quittera pas. Ils ne vaincront leur avidité que lorsqu’ils ne ressentiront plus l’avidité en eux-mêmes. Cependant, cela n’est pas une chose que nous pouvons réaliser par la seule force de la volonté. Bien que nous soyons capables d’arrêter d’agir avec avidité par le moyen de notre seule volonté, nous ne pouvons pas arrêter le sentiment d’avidité. Le fait de réaliser que nous sommes incapables de faire plus pour changer notre nature basique et que nous devons nous accepter tels que nous sommes est le début de la voie de la soumission.

Une fois que nous réalisons que le combat avec notre propre égo ne nous fait pas avancer, nous réalisons alors que la voie qui s’ouvre à nous est celle de la soumission à notre condition. Mais qu’est ce que nous soumettons et à qui est ce que nous le soumettons ? La soumission arrive à partir du moment où nous arrêtons de nous battre contre les autres et contre nous-mêmes. Nous acceptons les autres tels qu’ils sont et nous nous acceptons tels que nous sommes. Nous ne sommes pas affectés par les qualités négatives des autres personnes ou par nos propres défauts. Une fois que nous acceptons le monde tel qu’il est, comme une manifestation d’une Vérité qui englobe tout, l’on peut dire que nous nous sommes soumis à Dieu. En nous soumettant à Dieu, nous réalisons que nous ne pouvons pas vaincre nos défauts par nos propres moyens mais que nous devons plutôt rechercher l’aspiration et l’aide en dehors de nous-mêmes, que ce soit auprès de Dieu ou de notre guide spirituel.

L’essence de la soumission à Dieu est notre acceptation du monde tel qu’il est. Une histoire du Bhagavad Gita illustre très profondément cette idée d’acceptation : il y’avait un sage qui sauvait sans cesse un scorpion de la noyade dans les eaux du Gange et qui en retour de ses efforts se faisait toujours piquer. Lorsqu’on lui demanda pourquoi il continuait à sauver cette créature venimeuse, le sage répondit que la nature (dharma) du scorpion est de piquer mais que la nature (dharma) d’un être humain est de sauver.

Dans notre culture contemporaine, l’acte de soumission est vu comme étant de la passivité et une qualité négative. Nous sommes plutôt encouragés à changer nos personnes et notre environnement, à ne pas renoncer face aux difficultés et à ne jamais nous soumettre à notre condition.

On a le sentiment que notre culture est en désaccord avec l’idée de la soumission spirituelle tel qu’expliqué ci-dessus. Dans la mesure où le constant changement en nos personnes et dans notre environnement exigé par la culture crée des conflits en nous et avec ceux qui nous entoure, alors de telles normes culturelles sont en réalité incompatibles avec l’acceptation du monde tel qu’il est. Par exemple, accepter notre avidité est une chose, mais être encouragé à être avide au prix de la destruction de notre environnement, c’est une autre chose; chercher un travail avec un salaire suffisant est une chose mais changer constamment de travail en quête de plus d’argent ou d’une position sociale, c’est une autre chose ; exceller dans ce que nous faisons est une chose, mais le faire aux dépens d’autres personnes, c’est une autre chose.

Toutefois fondamentalement, la soumission spirituelle ne doit pas être en conflit avec l’effort d’amélioration de nos personnes et de notre environnement. Accepter le monde tel qu’il est ne veut pas dire que nous ne devons pas ou que nous ne pouvons pas contribuer à son harmonie ou à sa beauté. L’une des caractéristiques de ceux qui se sont soumis à Dieu est que de telles personnes ne sont plus motivés et guidés par l’intérêt personnel, car c’est cela qui les fait entrer en conflit avec les autres gens. Par un tel comportement, ils achèvent ainsi le chemin de leur soumission. Il va sans dire que c’est seulement lorsque nous ne sommes plus en guerre avec nous-mêmes et avec les autres que nous devenons créatifs et compatissants envers les autres. Après tout, sauver est notre essence.

Discours traduit du magazine Sufi anglais n°78 – « The meaning of surrender »

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Mise à jour le Jeudi, 19 Août 2010 23:12
 

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Servir les autres c’est servir Dieu et si tu aimes Dieu sers ses créatures. Sois vigilant car dans cette voie, rendre quelqu’un heureux vaut mille fois le fait de passer jour et nuit en prières et invocations déplacées.
Dr. Nurbakhsh

 
L'athéisme du maître est la foi du disciple

 
Si vous voyez un derviche angoissé, agité, et plein de souffrance alors on peut dire qu’il n’aura pas fait un grand parcours sur le chemin du soufisme.
- Dr. Nurbakhsh

 
Ta tâche n'est pas de chercher l'amour, mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construits contre l'amour - Roumi

 
« Lorsque l'élève sera prêt, le maître viendra. »
- proverbe soufi

 
Le programme du soufi pour arriver à l’unité absolue, c’est premièrement le zekr et deuxièmement le service, l’affection et la compassion envers les êtres humains, sans attendre de rétribution de Dieu ou des êtres humains.
- Dr. Nurbakhsh

 
Le Soufisme est une école de dévotion vouée à Dieu et au service de l‘humanité sans trace aucune de prétention ou de moralisation.
- Dr Nurbakhsh

 
"S’abstenir des choses, c’est surestimer leur puissance et cela vient du voile qui vous cache Dieu; car si vous Le contempliez dans les choses, ou avant, ou après les choses, elles ne vous Le cacheraient pas. Si vous pouviez voir leur existence comme émanant de Lui, leur existence ne vous Le cacherait pas. La seule chose qui s’interpose entre vous et Celui que vous adorez, c’est la joie pour ce que vous possédez et le regret pour ce que vous ne possédez pas"
- al ‘Arabi ad-Darqawi

 
Dis moi ce que tu cherches ,je te dirai qui tu es : Si tu es à la recherche de la demeure de l'âme ,tu es une âme Si tu es en quête d'un morceau de pain ,tu es du pain . Si tu peux saisir le secret de cette subtilité ,tu comprendras : Chaque chose que tu recherches ,c'est cela que tu es .
- Rûmi

 
Tout le monde est amoureux de la vie et craint la mort, mais le soufi se presse de mourir dans l'espoir de contempler la face de Dieux.
- Ansari

 
« Tout le soufisme est convenances (adab) : celui qui te dépasse dans le adab te dépasse en soufisme ».

 
Tu te souviendras de tout coeur de Bien-Aimé, quand tu auras oublié le monde d'ici-bas et celui de l'au-delà.
- Shah Nematollah

 
Prétendre prier par pure dévotion , comme si l'on avait rien à demander à Dieu ,est de la prétention . Il faut demander non pas pour obtenir , mais pour témoigner notre dépendance à l'égard de Dieu .
- Ibn Abbâd de Ronda

 
Ce monde , sache-le ,est une auberge à deux portes . Entré par l'une tu sortiras par l'autre.
- Attâr

 
Je suis en paix avec toutes les créatures du monde ; Dans mon étreinte, la dureté des autres et la miséricorde intérieure du Bien Aimé, tous sont un.

 
Mon cœur est devenu capable de toutes les formes. Une prairie pour les gazelles, un couvent pour les moines, un temple pour les idoles, une Ka’ba pour le pèlerin, les tables de la Torah, le livre de l’Amour, et quelque direction que prenne sa monture, l’Amour est ma religion et ma Foi
- Ibn Arabi

 
Ne désirez pas les états spirituels, les extases, l’ouverture ou les visions ! Ne désirez que la connaissance de Dieu. Le désir des hâls et des visions peut nous voiler de cette connaissance
- Sidi Hamza al Qadiri al Boutchichi

 
Lorsque tu aides autrui, tu t’oublies, et l’attention que tu portais sur toi et ton ego se tourne vers les autres.
- Dr. Nurbakhsh

 
Plaisanter c'est enseigner: prenez cela au sérieux, et ne vous laissez pas tromper par l'apparence de la plaisanterie.
De même que pour les plaisantins tous les sujets même les plus importants se prêtent a la plaisanterie, pour le sage les plaisanteries sont des choses sérieuses, quelqu'en soit l'apparence.
- Roumi

 
Mon Dieu ! Tu sais mon impuissance à te rendre grâce comme il convient ; alors , rends - Toi grâce à toi même à ma place .
- Hallâj

 
Je demande pardon à Dieu de mon manque de sincérité quand je dis : je demande pardon à Dieu .
- Râbi'a Adawiya

 
Quand le savant se lève le matin, il cherche à acquérir plus de savoir, l’ascète cherche à pratiquer encore plus d’ascétisme et Abulhasan est attaché à amener la joie dans le cœur d’un frère.

 
Afin de parler, une nécessité, écoute d'abord,
apprend à parler par l'écoute.
- Rumi, Mathnawi (Mesnevi), I, I627

 
L'étourdi pense le matin à ce qu'il fera dans la journée; l'homme raisonnable pense à ce que Dieu fera de lui.
- Ibn' Ata' Allah

 
Élève - toi au-dessus du temps et de l’espace , laisse le monde et sois toi-même un monde pour toi-même .
- Mahmûd Shabestarî

 
Le message fondamental du soufisme est qu’il faut devenir esclave de l’Amour car tel est le vrai but. Et, telle est l’unique occupation de ceux qui possèdent un cœur.
- Dr. Nurbakhsh

 
La prière éloigne l'homme de la turpitude et des actions blamables. L'invocation du Nom de Dieu est ce qu'il y a de plus grand.
- Le Coran, XXIX:45

 
Pour toute chose , d'abord on cherche puis on trouve ,alors qu'il s'agit de Dieu, d'abord on trouve puis on cherche .
- Ansâri

 
Qu’a donc trouvé celui qui T’a perdu ? Et qu’a donc perdu celui qui T’a trouvé ?
- Ibn Atâ Allah El Iskândari

 
" Si la parole que tu vas dire n'est pas plus belle que le silence, ne la dis pas. "
- proverbe soufi

 
" Avant notre venue, rien ne manquait au monde ; après notre départ, rien ne lui manquera. "
- Omar Kheyyam

 
Sollicité par un disciple à formuler une dernière recommandation Hallâj lui dit : " Occupe toi de ton ego , autrement il s’occupera de toi ."
- Hallâj

 
La pratique de la dévotion n’est rien d’autre que servir les autres ; Cela n’a rien avoir avec le chapelet, le tapis de prière ou la robe.

 
 La soumission, c'est s'abandonner de tout cœur à Dieu, sans condition ni exigence, et accepter de bonne grâce tout ce qui vient de Dieu.
- Dr. Nurbakhsh

 
" L'optimisme vient de Dieu, le pessimisme est né dans le cerveau de l'homme. "
- Proverbe soufi

 
La plupart des obstacles qui surgissent dans la voie, et qui empêchent le disciple de progresser, proviennent d'une préconception erronée du but même de la voie
- Junayd

 

Le maître à qui tu te soumets se doit de te soumettre peu à peu à Dieu à travers son enseignement, et s'effacer, te laissant seul face à Dieu.
- Dr. Nurbakhsh

 
Pour plaire à Dieu vous devez servir. Pourquoi vous soucier d’encourir la louange ou le blâme des gens ?
- RUMI : Mathnawi, VI:845

 
Ah !", est-ce moi, est-ce Toi ? Cela ferait deux dieux. Loin de moi, loin de moi la pensée d'affirmer "deux"! - Hallaj

 
Je suis toujours stupéfait de voir quelqu'un désirer un cheval alors qu'il n'a pas encore commencé à remercier Allah pour sa nourriture et ses vêtements ...
- Abu Muhammad Abdallah al- Qattân

 
"Existe-t-il un chemin plus court que la prière pour approcher Dieu ? "
je répondit : "Encore la prière ".
- Rûmi

 
Vous ne pourrez donner du bonheur à personne, au moyen de votre richesse ; aussi, faites-le, en ayant une expression agréable et une bonne humeur.
- Le Prophete Muhammad dans Qushayri : al-Risalat al-Qushayriyya, 243.

 
Cherche la constance et non des miracles, car ton nafs exige des miracles, et Dieu te demande de la constance.
- Abouali Jozjani

 
O Soufi!
Puisque le Tout est l'Unique et que l'Unique est le Tout, efforce-toi d'aimer et de servir le tout, afin que tu parviennes a aimer l'Unique (la Vérité).
- Dr. Nurbakhsh

 
Pour le soufi l'or et l'argile se valent .
- Tustarî

 
Le soufisme, c’est s’asseoir quelques instants sans peine ni soucis, avec Dieu.
- Junayd, dans Ansari : Tabaqat 201.

 
Les seuls moments de bonheur étaient en ceux que j'ai passés aupres de l'ami
Le reste de ma vie ne fut que désolation et ignorance.
- Hafez

 
Celui qui voit un défaut en l’autre ne voit en fait que l’un de ses propres défauts. Soyez les gardiens de votre coeur et rendez le propre et pur comme un lieu de prière !
- Sidi Hamza al Qadiri al Boutchichi

 
Voyez comment la main est invisible tandis que le crayon écrit;
le cheval gallope, pourtant le chevalier est invisible;
la flèche vole, mais l'arc est hors de la vue;
différentes âmes existent, tandis que l'âme des âmes est cachée
- Rumi, Mathnawi (Mesnevi), II, i303-304

 
Je suis joyeux et content dans ce monde,
Car le monde est joyeux et content de Lui.
Je suis amoureux de tout l'univers,
Car l'univers Lui appartient.

- Sa'di

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L’amour est le chemin de l’Unité
Qu’est-ce que l’Unité du point de vue soufi et comment la réaliser ?
Par Dr. Javad Nurbakhsh (traduit du persan par Jean Nabavian)


Les soufis considèrent qu’il n’y a qu’une seule Existence, et tout ce qui existe est une manifestation de cette Existence. Ce principe que l’on appelle communément le principe de l’Unicité de l’Existence ne relève pas simplement du domaine de la foi ou de la doctrine mais du domaine de l’expérience directe. On ne peut véritablement comprendre l’Unicité de l’Existence que par l’expérience de cette Unité au niveau le plus profond de l’être ; une expérience qui révèle la nature divine qui est en nous, et nous fait découvrir que chaque particule de l’univers est la manifestation de la Présence divine. La seule approche qui rend possible la réalisation de cette expérience est celle de l’amour.
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