| L'Expérience de l'Anéantissement |
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| Écrit par Alireza Nurbakhsh |
| Vendredi, 25 Février 2011 23:35 |
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Ses mots eurent un profond effet sur moi, même si à l’époque je comprenais à peine ce qu’il voulait dire. C’est seulement des années plus tard lorsque j’ai commencé à lire de la littérature soufi que j’ai réalisé que l’annihilation de soi ou ‘’l’état d’anéantissement’’ est le thème central et l’objectif principal su soufisme. Il y a plusieurs moyens d’expérimenter l’anéantissement dans nos vies, notamment à travers la contemplation de notre propre condition humaine. Un des moyens est la contemplation du cosmos. Par exemple, lorsque nous considérons l’étendue de l’univers, avec ses millions de milliards de galaxies et d’étoiles et que nous voyons que notre soleil est juste une de ces étoiles et notre planète juste une planète parmi des milliards de planète dans la voie lactée, nous en venons à être conscient de notre petitesse et nous pouvons avoir un sentiment d’insignifiance en rapport avec notre propre existence. A d’autres moments, lorsque nous pensons au nombre incroyables d’espèces qui sont passées avant nous et à toutes celles qui viendront après nous et lorsque nous nous situons dans ce vaste flux d’espèces en sachant que l’homo sapiens n’est qu’une espèce récente dans l’histoire de la vie sur terre, alors notre insignifiance nous apparaît clairement et nous pouvons ressentir avec évidence à quel point nous ne sommes rien. Edward Fitzgerald (1809 -1883) dans sa traduction de l’un des quatrains du Rubaiyat (LXIX) d’Omar Khayyâm exprime une idée similaire:
Un autre moyen par lequel nous pouvons faire l’expérience de l’anéantissement est la confrontation à la mort et la prise de conscience de notre propre état de mortel. Cela arrive lorsque nous perdons un proche. La mort d’un être cher nous confronte à la réalité de notre situation et nous fait réaliser que nous aussi nous allons vers l’extinction et cette prise de conscience conjuguée de pair avec notre absence de compréhension de tout sens à notre existence nous conduit à expérimenter le sentiment d’anéantissement. Shakespeare a exprimé ce sentiment avec éloquence dans sa pièce de théâtre ‘’ Macbeth’’. En apprenant la mort de sa femme, Macbeth contemple la mort comme le dernier acte d’une très mauvaise représentation et exprime un sentiment d’anéantissement.
Cependant, l’anéantissement au sens mystique est totalement différent de ce qui vient d’être décrit. Ce n’est pas à travers la contemplation du monde extérieur et de la place que l’homme y occupe que le ou la mystique parvient à l’expérience de son propre anéantissement. C’est en se tournant vers son intérieur, en se focalisant sur sa propre individualité et en expérimentant la disparition que le mystique expérimente l’anéantissement. Cela arrive lorsque nous cessons de nous percevoir comme des individus distincts et arrivons à ressentir profondément le sentiment d’unité avec le monde qui nous entoure. L’expérience mystique de l’anéantissement est l’expérience de la mort de notre égo et de la rencontre avec le divin. Cette expérience est décrite comme étant la forme la plus élevée de l’humilité par Saint Jeand de la Croix : « Lorsqu’il est conduit au néant, le degré le plus élevé d’humilité, l’union spirituelle entre son âme et Dieu sera établie.» (Ascent of Mount Carmel, bk.2, ch.7, no.11) L’expérience soufie de l’anéantissement est intimement liée à l’expérience de l’amour divin. Plus l’on expérimente l’amour de notre bien-aimé, plus on fait l’expérience de notre propre anéantissement. A l’évidence aucun mot ne peut décrire une telle expérience. Rumi dans son Mesnevi (Livre 5, vers 1242-1255) raconte l’histoire d’un amoureux qui brûlant du feu de l’amour voulait exprimer la sincérité de son amour pour sa bien-aimée en citant toutes les choses qu’il avait faites par amour pour elle. L’amant indiqua qu’il n’avait pas dormi pendant des années, qu’il avait dépensé toute sa fortune et ses forces pour sa bien-aimée, et qu’il ne restait plus rien qu’il n’avait pas encore fait pour elle. La bien-aimée répondit en disant que tout ce que l‘amant avait fait est insignifiant sur la voie de l’amour comparé à ce qu’il aurait dû faire et lui précisa qu’il n’avait pas encore réalisé le principe fondamental et le pré-requis de l’amour. Lorsque l’amant demanda ‘’ quel est ce principe ?’’, la bien-aimée répondit qu’il s’agissait de ‘’ la mort et l’anéantissement de l’amant’’ L’histoire de Roumi nous donne une description saisissante de l’expérience de l’anéantissement à travers l’amour. Dans les moments d’amour, nous nous oublions et notre existence est définie par notre amour de l’autre. Pour Roumi , c’est seulement lorsque l’amant ne se ‘’ voit ‘’ plus face à son bien aimé qu’il est véritablement amoureux. Pour exprimer le sentiment d’anéantissement dans un contexte plus tangible, peut-être pouvons-nous dire que, lorsque nous faisons les choses pour les autres par amour, sans attente d’une quelconque récompense ou sans aucune conscience de notre propre mérite, nous sommes au seuil de l’expérience mystique de l’anéantissement. Dans l’une de ses dernières interview, mon père a dit que le but du soufisme est l’anéantissement et il ajouta ‘’ parce que c’est seulement lorsque l’on devient zéro que l’on fait l’expérience de l’infini.’’ En d’autres mots et pour paraphraser dans le présent contexte ce qu’il voulait dire : c’est seulement lorsque nous n’avons plus le sentiment de notre propre individualité que nous pouvons faire l’expérience du divin en nous-mêmes et chez les autres Discours traduit de l'anglais du magazine Soufi n°80 |
| Mise à jour le Vendredi, 25 Février 2011 23:50 |


